Jacky Rigaux : la dégustation géo-sensorielle

Interview

XXXXXXX e vignoble bourguignon fascine de plus en plus d’amateurs de la planète entière, au point qu’il est devenu rare de pouvoir déguster ses grands vins en France, tant la demande étrangère est forte. Comment s’explique un tel phénomène alors qu’il y a trois quarts de siècle, la mévente poussait un certain nombre de vignerons à vendre leurs vignes et que fut imaginée la Confrérie des Chevaliers du Tastevin pour tenter de mieux faire connaître les vins que la réglementation sur les AOC rendait enfin locaux et loyaux ? Il faut d’abord invoquer pour le comprendre l’extraordinaire délicatesse des interprétations du pinot noir et du chardonnay qui se réalisent ici. Ces cépages sont désormais cultivés sous tous les cieux, mais c’est ici que les vins qui en sont issus atteignent des sommets, tout au moins dans les meilleurs terroirs, chez les grands vignerons et dans les bons millésimes.

L’autre explication tient à la philosophie des « climats » qui sous-tend la viticulture bourguignonne. La mondialisation accélérée dans laquelle nous vivons a pour effet d’uniformiser un certain nombre de productions du génie humain, mais elle incite également à une diversification qui permet de se différencier et d’échapper à la concurrence. Alors que beaucoup pensaient il n’y a pas si longtemps qu’il fallait simplifier la géographie viticole française pour mieux conquérir les marchés, la Bourgogne a démontré l’erreur d’un tel choix. La segmentation des terroirs et des vins permet aujourd’hui une palette infinie de vins qui aiguisent les amateurs éclairés leur curiosité et leur gourmandise. Le classement de 1247 des climats (terroirs) de Bourgogne sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO est venue couronner l’effort toujours plus précis que les vignerons ont entrepris depuis le Moyen-Âge pour faire chanter la diversité des expressions possibles des deux grands cépages bourguignons.

Votre plus ancien souvenir lié au vin ?

XXXXXX ’enfance, mais le vrai déclic date de vendanges initiatiques à Chorey-lès-Beaune, chez Arnoux, en 1966. Me reviennent encore en mémoire les extraordinaires sensations tactiles et odorantes du pigeage dans les cuves en fermentation.

Un livre incontournable, selon vous, sur le vin ?

XXXXX, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle, 1959 (réédition CNRS-Éditions, 2010).

Un « flacon » mémorable ?

IXXXXXt, en particulier issus des climats bourguignons !  Pour ne pas faire de jaloux, je mentionnerai un clavecin de Château-Chalon de chez Jean Macle dans le millésime 2004.